Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN) à l'élection présidentielle de 2027, le 12 ocrobre 2026 à Moissac (Tarn-et-Garonne) ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
Conseil constitutionnel, Banque de France, hauts fonctionnaires et même Commission européenne : plus les sondages confortent leur espoir d'accéder au pouvoir, plus Marine Le Pen et son entourage multiplient les menaces, explicites ou feutrées, envers ceux qui pourraient empêcher le Rassemblement national d'appliquer son programme.
Chaque jour, un nouvelle cible. Jeudi, c'était au tour du gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, de s'attirer les foudres de Jean-Philippe Tanguy : pour le fidèle lieutenant de la candidate du RN à la présidentielle, l'ex-secrétaire général de l'Elysée "se comporte toujours comme un macroniste" donc "il faut qu'il parte".
Sa faute? Avoir déclaré la veille, devant l'assemblée du Fonds monétaire international (FMI) réunie à Bangkok, que dans l'Hexagone, le budget pouvait être "adopté même sans majorité au Parlement" - sous-entendu par 49.3 ou par ordonnances.
Assez pour "avoir franchi la ligne rouge" selon M. Tanguy, qui considère que certains magistères ne doivent "pas faire de politique" et demeurer "parfaitement neutre".
L'exigence vaut également pour Amélie de Montchalin, qui fait à ses yeux "beaucoup trop de politique" à la Cour des comptes, et surtout pour Richard Ferrand. Le sort du président du Conseil constitutionnel a été scellé mercredi soir par Marine Le Pen elle-même : "Il doit quitter la tête de l'institution", car "il a rompu avec (son) obligation de neutralité".
Le président du Conseil constitutionnel Richard Ferrand pose dans son bureau à Paris, le 19 janvier 2026 ( AFP / Joel Saget )
L'ancien président de l'Assemblée nationale, lui aussi proche du chef de l'État, se voit reprocher ses propos sur la clé de voûte du programme de l'extrême droite : réformer la constitution par référendum, "ça n'existe pas (...) il n'y pas de débat", a-t-il tranché dans un récent podcast.
"Arguments indigents", a-t-elle répliqué en rappelant l'importun à son "interdiction de se prononcer sur une affaire qui n'a pas encore été soumise au Conseil constitutionnel". Dans la foulée, son équipe de campagne s'est empressée de diffuser à la presse un article de loi remontant à 1958, "base juridique" de cette obligation faite aux Sages de ne "prendre aucune position publique" sur les sujets relevant de leur compétence.
"Postes à pourvoir"
Mais au-delà de ces coups de semonce, les troupes marinistes savent qu'aucun levier ne leur permettrait de révoquer ces adversaires désignés, rendus inamovibles par leurs fonctions. Sur le cas Ferrand, la seule piste évoquée par M. Tanguy consisterait à "saisir le doyen du Conseil constitutionnel" (à savoir Alain Juppé), procédure jugée "fantaisiste" par un bon connaisseur des arcanes de la rue de Montpensier.
A l'inverse, le RN s'imagine déjà remodeler à sa main l'appareil d'Etat après sa possible victoire. Directeurs d'administrations, préfets, diplomates... "Le fonctionnaire qui ne voudra pas jouer le jeu, on se passera de ses services", glissait déjà cet été un proche conseiller de Marine Le Pen. Avec l'argument massue de la force du suffrage universel : "Le mec qui se dressera devant l'autorité démocratique prendra des risques".
Le député RN Jean-Philippe Tanguy, le 19 septembre 2026 à Breteuil, dans l'Oise ( AFP / Sameer AL-DOUMY )
Une menace contrebalancée par une promesse : "Si on gagne, il va y avoir pas mal de postes à pourvoir", prédit un autre membre du premier cercle de la candidate, qui ne craint donc pas de manquer de ressources humaines. Après tout, "il faudra bien que la politique que les Français auront choisie soit menée".
C'est d'ailleurs à cette fin que la patronne du RN se dit prête au "bras de fer" avec l'Union européenne, et en particulier avec Ursula von der Leyen, accusée de vouloir "verrouiller" le budget des 27 avant "une grande année électorale", non seulement en France mais aussi en Espagne, en Italie et en Pologne.
Un cycle dont la candidate d'extrême droite espère sortir en position de force avec ses alliés, face à une présidente allemande de la Commission qui n'a déjà aujourd'hui "plus la confiance de beaucoup de gouvernements" selon elle.
Au point de réclamer son départ avant la fin du mandat européen qui court jusqu'en 2029? En déplacement à Bruxelles mercredi, la cheffe du parti à la flamme s'est contentée de souligner que "la dissuasion fait partie de la négociation".

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